Amour, psychanalyse, philosophie

20 août 2012

Brassens, Brel, Ferré - Trois voix pour chanter l'amour

Ouvrage publié par Michel J. Cuny - Françoise Petitdemange

Editions Paroles Vives

280 pages, 23 euros (port compris)

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Réception du livre éventuellement agrémenté d'une dédicace (indiquer le prénom - ou le prénom et le nom) dans les deux ou trois jours qui suivent la réception de la commande.

12 - B

 

Miniature  Vidéo d'une durée de 16:44, filmée dans le massif du Vercors

Michel J. Cuny et Françoise Petitdemange présentent "Brassens, Brel, Ferré - Trois voix pour chanter l'amour"

 

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23 août 2012

1. Une vallée de larmes

    Pour Dante écrivant sa "Vita nova", incipit vita nova (une vie nouvelle a commencé), "quand à mes yeux apparut pour la première fois la glorieuse dame de mes pensées, que nombre de gens nommaient Béatrice sans savoir ce que signifiait son nom".

    "Porteuse de béatitude", nous dit le traducteur, "mais aussi de "larmes", ajouterons-nous. Et pourquoi donc toutes ces larmes qui se propageront plus tard de Dante aux dames qui l'entourent?

    Car nous "voyons" que les yeux qui ont "vu" Béatrice sont les mêmes que ceux qui "pleurent", et, "pleurant", donnent lieu à d'autres "yeux" de "pleurer"… Serait-ce là le bain même de la béatitude?…

    Mais que ferons-nous de la raison que, pourtant, Dante avait convoquée dès le début?

    Reprenons d’abord la question des larmes comme elle se présente dans Vita nova. Selon la traduction dont nous disposons, nous y trouvons un peu moins de cent fois les termes "pleurer" ou "larmes" (j'en compte 95!…). Pour un écrit de 58 pages, c'est tout à fait considérable.

    Nous aurons l'occasion d'y revenir.

    Mais peut-être n'est-il pas inutile de signaler, dès le départ, que tout bonheur (ce qui signifie "bonne rencontre") est aussitôt malheur ("mauvaise rencontre"). En le formulant autrement, nous pourrions dire : derrière la beauté, ou, encore, grâce à l'expérience esthétique, nous rencontrons… ce qu’il nous reste à découvrir dans Vita nova.

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29 août 2012

2. Une initiation très tôt commencée

     La question de la rencontre privilégiée, nous pourrions l'aborder à travers l'œuvre d'art comme à travers la personne aimée. Il semble qu'il soit nécessaire de se préparer à cette rencontre, à la façon, peut-être, dont on s'initie à une science ou à toute autre discipline qui exige qu'on y mette du sien… et pourquoi pas? le meilleur de ce que nous pouvons avoir et être.

     Nous voyons bien qu'une grande partie de cela se trouve directement ou indirectement annoncé dans Vita nova.

     Mais de quelle “vie nouvelle” peut-il bien s'agir?

     A l'évidence, nous sommes, là, en présence d'un parcours initiatique qui comporte plusieurs étapes. Il est d'abord impossible de distinguer celles-ci selon l'ordre chronologique, sauf peut-être pour la toute première…

     Dante est à la fin de sa neuvième année lorsqu'il "voit" Béatrice (porteuse de béatitude) pour la première fois ; elle-même n'est encore qu'une petite fille qui vient tout juste de commencer cette même neuvième année.

Nous sommes donc en présence de deux enfants, dont l'un entreprendra, plus tard, de nous fournir le récit de ce qui devait résulter, pour lui, de cette rencontre, et sur la totalité de son existence. Mais le voici d'abord "enfant", dont l'étymologie latine nous donne infans c'est-à-dire : celui qui n'a pas (encore) la parole. 

Cette dernière formule pourrait être avantageusement prolongée en disant : celui qui ne parle encore que par ouï-dire… Il y a aussi, par ce côté, une voie d'accès à certaines des questions essentielles que pose l'amour courtois.

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25 octobre 2012

3. L'immédiateté du rapport à la vie et à la mort

     Nous constatons aussi - et c'est là tout de même un élément qui doit retenir notre attention - que Dante ne nous dit rien des caractéristiques physiques de Béatrice… Était-elle blonde? Était-elle brune? De quelle couleur étaient ses yeux? Quels vêtements portait-elle? Hormis la couleur rouge sang du temps de son enfance, et le blanc qui la revêtait lors du premier salut, neuf ans plus tard, nous ne disposons d'aucune indication. 

     Et pourtant, il est indéniable que nous sommes en présence d'un phénomène esthétique… dans lequel l'objet esthétique n'est pas vraiment un objet, c'est-à-dire quelque chose qui serait jeté là-devant… Joli mystère…

     Très simplement, nous pourrions choisir de voir dans le rouge sang la couleur de la vie, et, dans le blanc, celle du linceul… Nous aurions ainsi la mise en place, dès le départ, de la dialectique de la vie et de la mort… Mais si nous privilégions le double rapport symbolique rouge/blanc et vie/mort, c'est parce que, à travers l'accumulation des larmes, se manifeste le problème de la disparition inéluctable des humains tout au long de l'histoire de l'espèce (nous verrons plus tard comment).

     Pour l'instant, il suffira de retenir qu'il y a effectivement dans les "transports" de l'amour une part qui correspond à ce véhicule qui ne peut parfois être qu'un palanquin de larmes… de larmes qui assurent à l'oeil une vision différente et d'une toute autre dimension…

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28 octobre 2012

4. À propos de quelques maîtres-mots

     Peut-être parviendrons-nous à définir dès maintenant certaines des conditions de la prise de recul dont Dante bénéficie dans sa perception de Béatrice.

     Sans d'abord en dire plus, rassemblons hâtivement quelques petits bouts de ficelle que nous prenons, ici ou là, dans Vita Nova

     L'esprit de la vue prévient :
     "
Ecce deus fortior me, qui veniens dominabitur michi" ("Voici un dieu plus puissant que moi, qui venant me dominera").

     Du côté de ce qu'en perçoit Dante, cela se manifeste de la façon suivante :
     "
Dès lors je dis qu'Amour s'empara de mon âme, qui lui fut tôt soumise, et commença à prendre sur moi telle assurance et tel pouvoir, par la force que lui donnait mon imagination, qu'il me fallait exécuter complètement tous ses désirs."

     Et plus loin, ceci encore :
     "Bien que son image, qui avec moi demeurait sans cesse, eût enhardi Amour à s'emparer de moi, toutefois elle était de si noble vertu, que jamais elle ne souffrit qu'Amour me gouvernât sans le fidèle conseil de la raison, en ces choses où un tel conseil est utile à entendre."

     Avec cela, nous ne pouvons pas encore faire le moindre pas en avant, mais il n'y a aucune raison de nous précipiter, n'est-ce pas? Aristote patientera un peu…

     Car, déjà, Dante souffre, dans son corps, des effets de son Amour pour Béatrice, et il en mesure quelques conséquences :
     "
Nombreux étaient ceux qui s'efforçaient de savoir de moi ce que je voulais en tout cacher à autrui."

     Cacher quoi? Alors que, dit-il, "je portais au visage tant de ses marques que cela ne se pouvait cacher"… marques d'Amour… stigmates portés par qui a l'Amour pour maître… Que peut-il donc rester à cacher?…

     Nous allons découvrir que, précisément, ce qu'il reste à cacher, c'est : l'objet du désir.

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