Nous constatons aussi - et c'est là tout de même un élément qui doit retenir notre attention - que Dante ne nous dit rien des caractéristiques physiques de Béatrice… Était-elle blonde? Était-elle brune? De quelle couleur étaient ses yeux? Quels vêtements portait-elle? Hormis la couleur rouge sang du temps de son enfance, et le blanc qui la revêtait lors du premier salut, neuf ans plus tard, nous ne disposons d'aucune indication. 

     Et pourtant, il est indéniable que nous sommes en présence d'un phénomène esthétique… dans lequel l'objet esthétique n'est pas vraiment un objet, c'est-à-dire quelque chose qui serait jeté là-devant… Joli mystère…

     Très simplement, nous pourrions choisir de voir dans le rouge sang la couleur de la vie, et, dans le blanc, celle du linceul… Nous aurions ainsi la mise en place, dès le départ, de la dialectique de la vie et de la mort… Mais si nous privilégions le double rapport symbolique rouge/blanc et vie/mort, c'est parce que, à travers l'accumulation des larmes, se manifeste le problème de la disparition inéluctable des humains tout au long de l'histoire de l'espèce (nous verrons plus tard comment).

     Pour l'instant, il suffira de retenir qu'il y a effectivement dans les "transports" de l'amour une part qui correspond à ce véhicule qui ne peut parfois être qu'un palanquin de larmes… de larmes qui assurent à l'oeil une vision différente et d'une toute autre dimension…