La question de la rencontre privilégiée, nous pourrions l'aborder à travers l'œuvre d'art comme à travers la personne aimée. Il semble qu'il soit nécessaire de se préparer à cette rencontre, à la façon, peut-être, dont on s'initie à une science ou à toute autre discipline qui exige qu'on y mette du sien… et pourquoi pas? le meilleur de ce que nous pouvons avoir et être.

     Nous voyons bien qu'une grande partie de cela se trouve directement ou indirectement annoncé dans Vita nova.

     Mais de quelle “vie nouvelle” peut-il bien s'agir?

     A l'évidence, nous sommes, là, en présence d'un parcours initiatique qui comporte plusieurs étapes. Il est d'abord impossible de distinguer celles-ci selon l'ordre chronologique, sauf peut-être pour la toute première…

     Dante est à la fin de sa neuvième année lorsqu'il "voit" Béatrice (porteuse de béatitude) pour la première fois ; elle-même n'est encore qu'une petite fille qui vient tout juste de commencer cette même neuvième année.

Nous sommes donc en présence de deux enfants, dont l'un entreprendra, plus tard, de nous fournir le récit de ce qui devait résulter, pour lui, de cette rencontre, et sur la totalité de son existence. Mais le voici d'abord "enfant", dont l'étymologie latine nous donne infans c'est-à-dire : celui qui n'a pas (encore) la parole. 

Cette dernière formule pourrait être avantageusement prolongée en disant : celui qui ne parle encore que par ouï-dire… Il y a aussi, par ce côté, une voie d'accès à certaines des questions essentielles que pose l'amour courtois.